Brainstorm of an Ishmaelite

Dr. Eric Fassin on Islamo-leftism

Introduction

This post presents some highlights from an interview with the French sociologist, Dr. Eric Fassin, on Islamo-leftism on February 18, 2021.

Eric Fassin : « Il n’y a pas d’islamogauchistes en France mais il y a des néofascistes »

Highlights

4:15-4:22 : On a besoin de comprendre ce qui se passe. On a besoin d’outils pour analyser la réalité, et la réalité ce sont des rapports de domination, et il faut bien pouvoir les nommer.

7:50-8:00 : Qui menace qui? Qui annule qui? Qui a le pouvoir de censurer qui?

13:30-15:00 : Au fond, dire n’importe quoi, ça a une fonction politique. C’est jouer la confusion et c’est jouer l’anti-intellectualisme. Ce qu’on nous explique, c’est que les intellectuels sont dangereux. Autrement dit, ce qu’on nous suggère c’est que penser est dangereux. Ça c’est quelque chose qu’on entend aujourd’hui dans tous les régimes autoritaires dans le monde. Il se trouve que malheureusement la France ne fait pas exception. La dérive autoritaire elle passe toujours par l’anti-intellectualisme, parce que le travail intellectuel il permet le développement d’une pensée critique. Et la pensée critique ce n’est pas simplement le fait de critiquer. Ce n’est pas simplement de dénoncer. C’est de remettre en cause les évidences. C’est-à-dire de faire en sorte que ce qui va de soi soit un peu moins évident. C’est bien cela qui se passe aujourd’hui. Montrer les rapports de domination dans la société c’est faire en sorte qu’ils soient visibles. C’est-à-dire qu’ils ne soient plus transparents. C’est-à-dire qu’il s’agit de troubler l’évidence des choses. Troubler la domination. C’est cela que ne veulent pas aujourd’hui nos gouvernants. Et c’est pour cela que nos gouvernants parlent exactement comme ceux des régimes autoritaires à travers le monde.

19:00-19:30 : L’extrême droite est au pouvoir alors même qu’elle n’a pas été élue. Son programme idéologique est celui qui définit aujourd’hui le débat public en France. C’est très inquiétant. . . . J’ai un peu d’espoir quand je vois le CNRS qui dit on va continuer de parler d’intersectionalité, on va continuer de parler de post-colonialisme, etc. Autrement dit, on ne va pas se laisser intimider.

19:30-19:50 : Ce qui est en jeu, ce sont les libertés académiques. C’est-à-dire un des fondements de la vie démocratique.

23:15-25:00 : Il est important de comprendre que les attaques elles visent à dire ne me nommez pas moi. Moi qui suis un homme blanc. Moi qui appartiens aux élites. Ne me nommez pas en tant que tel. Je suis juste ministre. Je suis juste président de la république. Je suis juste sociologue. Je suis juste historien. Ne me réduisez pas à des propriétés particulières. Mais le problème c’est que jusqu’à là on ne s’était pas trop inquiétés du fait qu’on réduisait une partie entre nous a leurs propriétés particulières. Au fait d’être une femme, au fait d’être noir, au fait d’être arabe, au fait d’appartenir à une minorité sexuelle. Ça, manifestement, ça n’empêchait pas les gens de dormir. C’est à partir du moment où, par exemple, on commence à parler du privilège blanc, qu’on voit un sursaut d’inquiétude. Quoi? Moi aussi je vais être identifié? Mais le problème ce n’est pas qu’aujourd’hui on identifie les dominances, c’est que depuis longtemps on identifie les dominés. On assigne à des identités. Je crois que c’est cela qui provoque une panique morale aujourd’hui. Cette panique morale c’est le fait d’être désigné, d’être nommé, d’être identifié comme les autres. Ce n’est pas faire exception. C’est se retrouver dans le lot commun. Mais tant qu’on n’aura pas arrêté d’assigner des gens à des places subalternes, il sera difficile de dire qu’on doit réserver comme un privilège le fait de ne pas avoir d’identité seulement dominant.

32:15-33:20 : Je crois que la violence qui est dirigée contre toutes les personnes qui prennent la parole dans la place publique. Toute cette violence incroyable. Eh bien, elle dit quelque chose sur ces personnes racisées. Elle dit qu’elles ont le droit d’être là, mais à condition de ne pas contester leurs droits humains. Et c’est la même chose qui est en train de se passer dans l’université. On voit des Nouvelles générations de chercheuses et de chercheurs dont une partie sont racisées. Et qu’est-ce qu’on leur dit? On leur dit: taisez-vous. Vous ne pouvez pas vous plaindre puisque vous avez un poste. Autrement dit, seuls pourraient se plaindre les gens qui n’ont pas la parole. C’est-à-dire qu’on ne les entendrait pas. Le problème aujourd’hui pour certains c’est qu’on entend trop les minorités. Or, la réalité c’est qu’on ne les entendait du tout jusqu’à présent. Donc, un peu c’est déjà trop. Voilà ce que nous disent les conservateurs de tous poils dans l’université et hors de l’université. Ils disent on ne peut plus rien dire, mais ça veut dire taisez-vous.